Crise institutionnelle belge et Français expatriés
Les soubresauts institutionnels de la Belgique donnent lieu à de nombreux discours sur l’avenir du pays – souvent d’ailleurs, sur son absence d’avenir. Le but de cet article n’est pas de promouvoir tel avenir ou telle solution institutionnelle, mais de s’interroger sur la place de ceux que l’on oublie toujours lorsque l’on évoque l’avenir de la Belgique : les Français expatriés.
L’éventualité d’une partition de la Belgique et d’un subséquent rattachement de la Wallonie à la France est une question qui d’un point de vue « d’expat » revêt un caractère particulier. Au premier chef, elle conduit à un dédoublement de la personnalité.
En tant que Français, elle ne nous concerne pas directement ; il s’agit d’une question interne belge, qui se décidera par ce que les Belges déposeront au fil des votes dans des urnes que les expats n’approchent pas. Pour les Français expatriés, les choix législatifs et exécutifs sont en France.
Paradoxalement, c’est en en tant que citoyens européens que cette crise affecte les expats. Non parce que l’avenir de la Belgique aura un impact sur l’Union européenne, mais parce qu’en vertu de cette citoyenneté européenne, les expats votent au niveau communal (municipal pour les Français fraichement installés) et qu’exceptionnellement, ils y sont aussi élus.
Dans cette perspective, l’avenir de la Belgique, 5ème population française hors des frontières, affecte directement le cadre de vie des ±96 000 Français installés dans le plat pays. La première question à poser est donc et de façon un peu surprenante, comment cette autre Belgique se traduirait au niveau local ?
La réponse à cette question dépend éminemment du choix qui sera fait par les Belges en ce qui concerne leur pays, entre maintien, séparation, voire rattachement de la Wallonie à la France. Mais cette réponse pourrait conduire à un second paradoxe…
Evidemment, il est difficile pour un expat de ne pas être concerné par la question de l’avenir de la Belgique au-delà du niveau communal tant la France apparaît pour un certain nombre de personnes comme un des débouchés de la crise belge. L’idée d’un rattachement est présente de part et d’autre de Quiévrain (l’expression « outre-quiévrain » s’applique d’ailleurs dans les deux sens), mais selon la forme qu’il prendrait, il pourrait laisser les expats perplexes. En effet, à moins d’un rattachement entier avec la France, si la « Wallonie Française » conservait un statut autonome, les expats seraient alors expats en France « élargie » - de quoi entretenir le dédoublement de personnalité évoqué plus haut.
Enfin, la partition belge et / ou le rattachement ne manquerait pas d’affecter la forme de la quatrième circonscription électorale pour l’élection des députés représentants les Français hors de France qui recouvre le Benelux. Les prochaines élections législatives étant en 2012, les expats auront à cette occasion à élire leur premier député. A moins, bien sûr, que par la force des choses, ils ne soient plus expats.
Ces éléments concourent à penser qu’au-delà des identités françaises, belges ou européennes, une identité d’expat est aussi quelque chose que la communauté française établie hors des frontières nationales doit se forger pour répondre à ses interrogations spécifiques et assurer sa représentation ; à moins de vouloir se laisser porter par le vent du nord pour mieux l’écouter craquer…
