Français expatriés, « culture shock » et la vie bruxelloise…
Pour de nombreux Français installés à Bruxelles, l’idée que l’expatriation en Belgique puisse être matière à un choc culturel peut paraître étrange. Après tout, les Belges – et a fortiori les Belges francophones – parlent le français et la vie bruxelloise n’est pas si différente de la vie métropolitaine française. Comme partout ailleurs, la vraie question à se poser est de savoir ce qu’il y a faire le dimanche… Le choc culturel paraît donc bien loin de l’horizon. Et pourtant… La notion de choc culturel est bien connue des grands voyageurs et des expatriés de part le monde. Enfin, le monde à l’exception de la France où la notion est étrangement peu étudiée. Très schématiquement, le choc culturel provient de la confrontation entre le modèle culturel d’origine de l’expatrié et celui de sa culture d’immersion, pourvu que l’immersion soit prolongée. Il résulte de ce choc culturel un certain mal-être, normalement temporaire, durant le séjour. Concrètement qu’est-ce que cela veut dire ? Tout d’abord que la culture est une somme d’idées et de valeurs qui sous-tendent les comportements des peuples et la façon dont ils organisent leur société. Ensuite, qu’à mesure que l’on vit dans un pays, les comportements et plus profondément les idées finissent par apparaître en contradiction avec ce que l’on sait être « juste et bon ». Et pour cause, ce qui est juste et bon est nécessairement français, non ? Comme nous l’apprennent les inénarrables « histoires belges », ce sont eux qui n’ont rien compris. En théorie du choc culturel, cela s’appelle la « phase d’hostilité ». Le moment où le cerveau se rebelle contre les idées sous-jacentes à la culture locale afin de préserver son propre formatage culturel. « Ça va ? », « savoir ouvrir une porte », « appeler pour dire quoi » cessent d’être pittoresques pour devenir simplement agaçants. Conduire, effectuer des démarches administratives, maîtriser les subtilités du métro, du pré-métro, du tram, du train et du bus – sans oublier le ramassage des poubelles ou les clauses particulières des contrats de location relèvent progressivement du combat quotidien. Pour certains, l’expatriation s’arrête là, « tout l’or du monde ne vaut pas ça », disent-ils en revenant au pays. Il fait bon alors de se réunir entre Français et de rester ensemble et, disons-le, de médire un peu (beaucoup). L’union fait la force, nous dit-on. Cela s’appelle aussi le syndrome de la colonie, et ce n’est pas si bon. Malheureusement, de nombreux Français font d’importants efforts pour rester entre eux au détriment de l’apprentissage de la culture locale. Et la culture belge à beaucoup à offrir, à commencer par un réel « art de vivre ». Comme toute culture cependant, elle ne se livre pas facilement, il faut aller à sa rencontre. La ville belge ne s’organise pas comme une ville française et nos accents nous identifient comme n’étant pas du cru. Or l’accent affecte fortement la perception des gens. Deux études publiées récemment ont mis en lumière la façon dont le cerveau trie sur la base de l’accent l’appartenance aux groupes des « insiders » et des « outsiders » ; et la façon dont l’accent induit une méfiance vis-à-vis du locuteur. Dire « septante » n’est peut être pas une si mauvaise idée, après tout… N’en déplaise aux Immortels, le « français belge » est une langue qui s’apprend au même titre qu’une autre. Derrière les stéréotypes, la langue, les us et coutumes sont autant de façon de concevoir la société et les rapports humains et de s’enrichir personnellement. Après tout, vivre à Bruxelles au contact des institutions ou de la société civile ne se résume pas simplement à l’opportunité pécuniaire. Qu’on le veuille ou non c’est une réelle expatriation ; une remise en question de notre filtre culturel fort local et cantonné à un hexagone situé au bout de la péninsule eurasienne. Pour l’esprit curieux le choc culturel ne dure pas – quelque fois même, il ne se manifeste pas. Etre curieux de la société dans laquelle on est immergé est le remède au choc culturel, au risque de conforter l’image d’arrogants prétentieux que bien des Belges ont à notre égard …Peut-être aurai-je du commencer par là, le choc culturel n’est pas une exception française…
