L’économie allemande s’enfonce dans la récession

A u cours des deux dernières années, l’économie allemande a été la force motrice dans la zone euro. En 2010 et en 2011, l’Allemagne a affiché une croissance économique de respectivement 3,7% et 3,0%. Elle a ainsi compensé les signaux de récession provenant de nombreuses parties du reste de l’Europe. Pourtant, même la croissance allemande commence petit à petit à présenter des fissures. Selon une première estimation, l’activité économique a connu, au cours des derniers mois de 2011, une baisse de 1% sur base annuelle, la plus mauvaise performance depuis le creux de début 2009. En soi, cela n’a rien de surprenant. La success story germanique reste dans une large mesure une histoire d’industrie et d’exportation. Et pour cette exportation, les entreprises allemandes visent principalement l’Europe. 65 % de leurs exportations se font à destination du reste de l’Europe et environ un quart va aux pays en développement. Les difficultés que connaissent bon nombre de pays en Europe ne sont bien sûr pas restées sans conséquences pour les entreprises exportatrices allemandes. En outre, le ralentissement de la croissance dans le reste du monde et, jusqu’il y a peu, un euro relativement fort leur ont également joué des tours. L’activité de l’industrie allemande a dès lors rapidement été réduite au cours des derniers mois. Au cours des derniers mois de 2011, la production industrielle est retombée de plus de 7% sur base annuelle.

Pourtant, l’économie allemande a presque tout pour se redresser. Les fortes performances au cours des dernières années se sont pleinement exprimées sur le marché du travail. Le niveau de chômage est retombé à 5,5%, le niveau le plus faible depuis le début des années 90, une amélioration spectaculaire par rapport aux 11,5% de la mi-2005. Avec un taux d’épargne relativement élevé, cela offre des perspectives sur une forte demande interne. Les autorités allemandes pourraient y contribuer en profitant des taux extrêmement bas auxquels ils peuvent emprunter pour stimuler l’économie. De cette façon, l’économie allemande pourrait constituer en Europe un contrepoids de l’impact négatif des assainissements nécessaires dans le sud de l’Europe. Ni les autorités allemandes, ni le consommateur allemand ne semblent cependant vouloir jouer ce rôle. Le consommateur allemand continue à s’en faire pour l’inflation qui a presque atteint 3 % en 2011, tandis que les autorités restent concentrées sur une ultra-orthodoxie budgétaire.

Ce faisant, l’Allemagne pousse toute la zone euro dans les difficultés. Des pays comme la Grèce, le Portugal et l’Italie doivent en effet sérieusement se mettre à curer leurs finances publiques ; ce qui ne pourra se faire que par des efforts d’assainissement poussés. Dans un climat de récession, la mission sera très difficile. Plus les pouvoirs publics concernés mettront un frein à leurs dépenses, plus ils risquent de pousser leurs économies dans la récession. Les pays plus forts de la zone euro pourraient compenser cela en optant résolument pour la croissance. L’Allemagne, le chef de file de ce groupe, se dérobe en tout cas à ses obligations. Partant, elle condamne toute la zone euro à la récession et à une mission budgétaire quasi impossible. Les dirigeants européens ont prévu à la fin janvier un nouveau sommet européen, au cours duquel ils veulent prendre des mesures pour relever la croissance économique. En outre, la forte baisse de l’inflation au cours de l’année 2012 peut inciter le consommateur allemand à un peu plus délier les cordons de la bourse. Mais pour ces deux développements, il faudra attendre ce que les semaines et les mois à venir nous réservent

© Le Comptoir Français de Petercam

Thèmes : Finance-Economie

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