Le jour de la marmotte
Pas une semaine ne s’achève sans qu’une nouvelle nouvelle négative ne provienne du secteur financier. Juste une semaine après la publication de ses résultats du 4e trimestre, Crédit Suisse a surpris le marché avec un avertissement sur ses profits, invoquant un « pricing error » (sic) comme justification légitime pour justifier une dépréciation d’un milliard de dollars. C’était bien vu… « Pricing error » ou pas, le rythme des dépréciations dans le secteur financier est sans précédent et nous craignons que d’autres ne suivent. Du reste, il y a encore d’autres dominos en réserve comme les emprunts hypothécaires dit « Alt-A » et l’immobilier non-résidentiel.
Jusqu’ici, certaines banques d’investissement se sont arrangées pour échapper à l’œil du cyclone grâce à leur exposition relativement faible aux produits liés aux subprimes. En revanche, certaines d’entre elles ont pris des positions significatives dans des emprunts liés à ces produits structurés alors même qu’en aval, les défauts de remboursement des primes de ces produits croissent sans cesse.
Pour rappel, en 2000, cette catégorie d’emprunts n’existait même pas. Ils étaient simplement intégrés à la catégorie des emprunts subprime. Ce type d’emprunts hypothécaires a un profil plus élevé que l’emprunt hypothécaire habituel car certaines conditions (comme, par exemple, les preuves de salaires) n’étaient pas nécessaires pour l’octroi dudit emprunt. Néanmoins ces produits étaient, en eux-mêmes, moins risqués que les subprimes en général et ce, en raison de leur score FICO (une méthode de scoring développée par la société Fair Isaac & co), plus élevé. Or devinez ce qui pourrait se passer avec ce type de « papier » lorsque les prix du résidentiel poursuivent leur chute et que l’économie cale.
Par ailleurs, d’autres banques ont, elles aussi, échappé au cyclone car elles s’étaient focalisées, en terme d’exposition, sur l’immobilier commercial. Apparemment, la situation sur ce marché – qui pèse tout de même 16.000 milliards de dollars – se détériore également ; ce qui, à son tour, pourrait mener à des dépréciations supplémentaires pour les banques exposées sur ce segment également. En tout état de cause, nous ne sommes pas encore sortis du bois. Du reste, nous ne savons pas même de quelle nature est sa sortie, et partant, où elle se situe !
A ce jour, la contagion de la crise financière a été limitée pour les secteurs non-financiers. Les conditions d’emprunt que connaissent les entreprises américaines pourtant se resserrent. Néanmoins, l’Europe paraît être en mesure de contrer cette tendance.
Les économies tant européennes qu’asiatiques sont encore en train de gérer la situation pour éviter de sérieux dommages économiques. Sans surprises, les sociétés avec une petite préférence pour l’Asie, comme Bekaert ou Umicore ont récemment publié des résultats plus que satisfaisants. L’approche globale apparaît donc positive pour eux.
Geert Noels
Economiste en Chef de Petercam
20/02/08