Les vacances de l’expatrié
Les vacances de l’expatrié : les amis, les amours, les emm… Avec l’arrivée imminente du mois de juin, la période estivale s’annonce déjà. Les jours derniers (mais pas aujourd’hui évidemment) ont déjà donné un avant-goût des vacances ensoleillées sous d’heureux tropiques. Les « grandes vacances » évoque-t-on le visage radieux, en réminiscence des souvenirs d’enfance. Les rires des enfants se font entendre au loin de l’imaginaire et on rêvasse des jours heureux au bureau. Au bureau. Oui, au bureau et au bureau seulement. Une fois descendu du tram, les plans de vacances se discutent à la maison, là où survient la dure réalité des vacances de l’expatrié… Pour commencer, il y a problème épistémologique. Si les vacances sont synonymes de voyage à l’étranger et de découvrir de nouveaux horizons, l’expatrié est dans une posture délicate : il est déjà à l’étranger ! Alors partir plus loin encore (ne prenez pas cet air surpris, vous avez envie d’aller en voyage organisé en Patagonie ou au Club Med le long d’une côte émeraude) ou revenir au pays ? Dans le dernier cas, est-ce vraiment des vacances ? Partir chez soi, n’est-ce pas tout ce que l’expatrié avait voulu éviter en s’installant à l’étranger avec l’espoir d’une vie meilleure ? En réalité, les vacances de l’expatrié vont révéler une dynamique complexe, caractérisée par une période de « grande révélation » sur les amis, les amours et les emmerdes. Les vacances seront mouvementées – dans tous les sens du terme. D’abord, il y a certaines destinations difficiles. L’actualité nous rappelle avec douleur que toutes les destinations ne sont pas bonnes pour les Français : aux risques toujours présents pour les Français dans certaines zones du monde, il faut maintenant rajouter New York dans les zones à éviter, à moins de vouloir passer de longues heures à expliquer que… Expliquer quoi au fait ? Les vacances d’expatrié ressemblent à un convoi qui s’avance de façon plus ou moins ordonnée selon un dessein savamment pensé : celui de ne vexer personne durant les trois à quatre étapes du périple vacancier. L’expatrié en vacances, à son corps défendant, fait de la politique au niveau le plus difficile : il ménage celles et ceux qui lui sont chers. D’abord, il convient de proprement saluer la famille directe (merci les parents) restée au pays. Comment ne pas aller voir ses géniteurs favoris qui s’inquiètent toujours (et c’est à leur honneur) du bien-être du « petit » (là, je parle de vous, pas des petits-enfants). Ensuite, il faut aller voir la belle-famille directe (merci chéri(e)) évidemment elle aussi restée au pays, mais de préférence dans une autre ville, sinon, c’est trop facile. La France n’est pas bien grande, mais cela fait « juste » un détour de 500kms. Une broutille vraiment. Surtout avec les enfants. Ensuite, il y a toujours un ou deux amis à saluer (il ne faut pas qu’ils se vexent ceux-là) et puis « on leur a promis qu’on passerait ». Ah oui, c’est juste. Les promesses n’engagent-elles pas pourtant que ceux qui croient ? Nenni. Le problème avec les amis des expatriés est que non seulement ils sont susceptibles mais qu’en plus, ils changent sans vous. Ils ont leur vie, dur de leur reprocher, ils évoluent et vous n’êtes pas là le décalage se crée. Au final, certains « proches » ne le sont plus autant, tandis que d’autres se révèlent fidèles de façon inattendue. Enfin, après ces nombreux arrêts, l’expatrié arrive dans son lieu de villégiature. Les vacances vont enfin commencer. Là, tout n’est qu’ordre et beauté ; luxe, calme et volupté. La Patagonie, le cercle Arctique, la Drôme, qu’importe le lieu. Le convoi s’arrête. Que reste-t-il des « grandes vacances » ? A dire vrai, cela dépend déjà de la durée des vacances, parce qu’avec tous ces arrêts, il a fallu jongler entre les calendriers français et étrangers en termes de durée des congés scolaires et des congés professionnels. À tout cela, il faut rajouter la gestion des amours. On l’oublie trop, mais l’expatrié ne vit pas toujours en famille dans le pays d’accueil. Il arrive bien souvent, qu’il soit en célibat géographique. Si Skype a réinventé les relations longues distances (appels illimités, chat en direct, transfert de fichier, vidéo), rien ne remplace les retrouvailles avec l’âme sœur. Même, s’il faut le bien le dire, pour l’expatrié, les retours amoureux ressemblent parfois, à la fin des vacances, à l’île de la tentation : « Partez-vous ensemble ou séparément ? » Bon sur ce, pointe un rayon de soleil au travers de la chape grisonnante de la matinée. On en oublierait presque que « révélation » se dit « apocalypse » en grec. Bonne vacances à toutes et à tous !
